Le jais dans les bijoux anciens : la matière noire qui en dit long sur le deuil

Bijoux en jais

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À première vue, le jais semble simple : un matériau noir profond, susceptible d'être poli avec éclat, que l'on associe le plus souvent aux bijoux de deuil victoriens. Pourtant, en y regardant de plus près, il s'agit de l'une des matières joaillières à l'histoire la plus complexe. Pendant des millénaires, on en a confectionné des amulettes, des perles, des pendentifs sculptés et des parures de mode ; et au 19. siècle, c'est toute une industrie qui s'est bâtie autour de lui. En outre, les dénominations « jet » ou « jais » ont souvent été appliquées dans le commerce à des objets noirs qui étaient en réalité faits de verre, de vulkanit, de corne, de jais boisé ou de matière plastique ancienne.

Par conséquent, lors de l'examen d'un bijou noir ancien, la meilleure première question n'est pas de savoir s'il est « authentique », mais bien de comprendre ce que l'on observe précisément : quel est l'aspect de la surface, le poids et la structure du matériau, comment il a été travaillé, de quelle manière il s'insère dans sa monture et si l'ensemble de la pièce est en harmonie avec son époque présumée.

Qu'est-ce que le jais en réalité ?

Le jais n'est pas un minéral, mais une matière joaillière d'origine organique, riche en hydrocarbures. La variété la plus connue provient des environs de Whitby, dans le nord de l'Angleterre. Le bois transporté par les eaux et préservé dans les shales du Jurassique inférieur de cette région a subi une transformation singulière, et les composants bitumineux des roches environnantes ont également joué un rôle dans sa formation. Le processus est trop complexe pour que l'on puisse simplement qualifier le jais de « bois fossilisé » ou de charbon brun ordinaire.

S'il est devenu exceptionnel en joaillerie, c'est parce qu'il est léger, relativement tendre, facile à sculpter, à tourner et à polir jusqu'à l'obtention d'un poli miroir. Une pièce de bonne qualité peut présenter un éclat noir velouté, presque liquide, tout en permettant à des colliers imposants et à des pendentifs de demeurer confortables à porter. Cette légèreté constitue un critère d'observation important, mais elle ne constitue pas une preuve en soi : la corne, le vulkanit et plusieurs plastiques anciens peuvent également se révéler légers et chauds au toucher.

L'histoire du nom est elle aussi nuancée. Le terme anglais « jet » trouve son origine, par le biais du vieux français et du latin, dans le nom de Gagae, en Asie Mineure antique. Toutefois, la matière mentionnée par les auteurs antiques sous le nom de gagates ne peut pas toujours être identifiée avec certitude comme le jais au sens gemmologique moderne.

Une matière joaillière millénaire, non une invention victorienne

Dans les îles Britanniques, on connaît dès le Néolithique et l'âge du bronze des colliers assemblés en jais et en matières noires apparentées. Les perles régulièrement percées, les éléments intercalaires et les compositions soigneusement conçues démontrent qu'il ne s'agissait pas d'ornements fortuits. La rareté, l'éclat et la couleur de la matière revêtaient vraisemblablement une signification sociale ou rituelle, bien que le rôle précis de chaque objet ne puisse plus toujours être prouvé aujourd'hui.

Dans la Bretagne romaine, le jais devint une matière prisée pour les bracelets, les perles, les bagues et les sculptures figuratives. Parmi les objets subsistant, on trouve des pendentifs finement sculptés aux thèmes classiques. Ceux-ci indiquent également que le lieu d'extraction de la matière première, le lieu de façonnage et le lieu d'utilisation ne coïncidaient pas nécessairement : le jais parvenait aux ateliers et aux porteurs par l'intermédiaire de réseaux commerciaux.

Au Moyen Âge, il servait à la fabrication d'objets de dévotion et de souvenirs de pèlerinage. Les pendentifs en jais façonnés en forme de coquille Saint-Jacques, associés aux ateliers du nord de l'Espagne, revêtent un intérêt tout particulier. La matière noire était donc associée à la protection, au souvenir et à l'identité bien avant l'époque victorienne, bien qu'il ne faille pas transmettre les croyances historiques comme des vertus thérapeutiques actuelles ou des propriétés physiques avérées.

Whitby et la mode noire victorienne

Au 19. siècle, Whitby devint le centre international du travail du jais. La sculpture à la main fut complétée par des tours, des machines à polir et à émousser, et les expositions universelles de Londres portèrent la matière à la connaissance d'un vaste public. Le chemin de fer favorisa simultanément le commerce et le tourisme : le bijou en jais rapporté de la ville côtière pouvait faire office de souvenir, d'article de mode et de spécialité locale.

Le jais n'a pas été « inventé » comme bijou de deuil par la reine Victoria, mais après la mort du prince Albert en 1861, son long deuil exerça une influence considérable sur la mode. Les bijoux noirs devinrent le signe public de la perte, et l'éclat de la surface pouvait lui aussi revêtir une signification. Les pièces mates, plus sobres, pouvaient être associées aux périodes les plus strictes du deuil, tandis que les bijoux au poli plus éclatant l'étaient aux périodes ultérieures.

Pourtant, tout bijou noir victorien n'est pas un bijou de deuil, et tout bijou de deuil n'est pas en jais. La couleur noire pouvait également se révéler élégante, en vogue et spectaculaire. En outre, la demande immense suscita toute une industrie d'imitations. C'est pourquoi la mention « Victorian jet » dans une description commerciale désigne souvent un style ou une indication de couleur plutôt qu'une identification de matière confirmée en laboratoire.

L'histoire du jais ne s'arrêta pas après le tournant du siècle. Les boucles d'oreilles Art Déco montées sur or proposées par Opera Antikvitás illustrent bien la manière dont le matériau a pu se voir attribuer un nouveau rôle : au lieu des motifs de deuil sculptés, ce sont des cabochons lisses, une géométrie rigoureuse et le contraste du noir et de l'or qui ont été mis au premier plan. Il convient de ne pas interpréter automatiquement un tel objet comme un bijou de deuil en raison de la seule couleur de la matière.

Que faut-il observer sur un bijou noir ancien ?

L'examen commence toujours par l'objet dans son ensemble. Il convient d'observer les proportions, la forme, la structure et les traces d'usage. Le jais a pu servir à façonner des perles tournées, des éléments facettés, des cabochons lisses, des sculptures ajourées ou en relief, des maillons de chaîne ainsi que des pendentifs amples mais légers. La méthode de façonnage en dit souvent plus long que la couleur.

Sous un bon éclairage, il est utile de comparer la surface antérieure et la surface postérieure, les arêtes, les perforations et les abords de la monture. L'éclat d'un véritable jais peut varier d'un aspect mat et ciré à un poli intense. Sur une pièce ancienne, de fines rayures, des arêtes adoucies et de légères traces d'usure peuvent être naturelles. Sur certaines variétés plus fragiles ou plus instables, des microfissurations, des fractures en feuillets ou un réseau de surface peuvent apparaître. Ce ne sont pas automatiquement des signes de contrefaçon, mais cela influence considérablement l'état et la valeur.

Le poids constitue également un repère précieux. Le jais est remarquablement léger et prend généralement la température du corps plus rapidement que le verre lorsqu'on le tient en main. Toutefois, l'impression tactile demeure subjective, en particulier pour un objet de petite taille ou enchâssé dans le métal. Quant aux photographies, elles ne permettent en aucun cas de juger de manière fiable du poids, de la sensation thermique et de la structure fine de la surface.

Les imitations les plus fréquentes et les matériaux d'apparence proche

Le verre noir était souvent vendu sous le nom de « jais français » ou French jet. Il s'agit d'une appellation commerciale historique, et non de jais véritable. Le verre est généralement plus lourd et plus froid, son éclat est plus vitreux, les facettes peuvent se révéler plus tranchantes et l'on y distingue parfois des marques de moulage ou de minuscules bulles d'air. Le verre de Vauxhall, mince et pourvu d'un revêtement réfléchissant au revers, constitue une catégorie à part.

La corne pressée est légère et chaude au toucher, ce qui en fait une imitation convaincante. Elle peut laisser transparaître des nuances brunâtres sur ses arêtes minces et présenter une structure feuilletée au niveau de ses altérations. Quant au jais boisé (lápifa), on y reconnaît souvent la fibre du bois ainsi que son dessin annuel ou cellulaire sur le revers ou sur les zones usées.

Le vulkanit, également connu sous le nom d'ébonite, est un caoutchouc vulcanisé à durcissement. Il peut être moulé en creux, c'est pourquoi on en a tiré des décors riches en détails. Après une exposition prolongée à la lumière, il peut se décolorer du noir vers des nuances olive ou kaki, et les montures métalliques y ont souvent été vissées directement. La vis enfoncée directement dans la matière noire peut donc constituer un signal d'alarme, mais elle ne suffit pas en soi à l'identification.

Le bois durci, le celluloid, les matières plastiques à base de caséine et, ultérieurement, la bakélite peuvent également faire leur apparition en tant que jais ou bijoux de style jet (« jet style »). Des sutures de moulage, des motifs répétitifs, des revers excessivement réguliers et le vieillissement singulier de la matière peuvent faciliter l'identification. Il ne faut toutefois pas procéder à des expériences à l'aide d'une aiguille incandescente, par combustion, au moyen de solvants ou par frottement vigoureux. Ces tests endommagent l'objet et peuvent s'avérer dangereux dans le cas du celluloïd.

Âge, authenticité et transformations ultérieures

Un objet peut être façonné en véritable jais sans pour autant s'être conservé dans son état d'origine. Une sculpture ancienne a pu être intégrée ultérieurement dans une nouvelle monture, un élément métallique d'origine a pu être remplacé par un autre insert noir, et les perles d'un collier ont pu être réenfilées. Une colle fraîche, un insert mal ajusté dans sa monture, une usure divergente, une soudure inédite ou un éclat de surface non uniforme sont autant d'éléments qui peuvent motiver un examen plus approfondi.

Les poinçons revêtent de l'importance, mais ils ne prouvent que ce qu'ils indiquent réellement. Un poinçon de titre pour l'or fournit une information sur le métal de la monture ; il ne garantit en rien ni l'identité du jais ni le fait que l'insert soit contemporain de la monture. Le fermoir, le mécanisme de l'épingle et l'attache de boucle d'oreille peuvent aider à la datation, mais ceux-ci ont souvent été réparés ou remplacés par des éléments plus récents.

La qualité n'est pas non plus déterminée par la seule noirceur. La stabilité de la matière première, la précision de la sculpture, le polissage, la composition, la préservation de la structure d'origine et l'état général ont tous leur importance. Un objet rare, bien documenté et finement sculpté peut conserver une valeur significative même altéré, tandis qu'une imitation irréprochable mais moulée en série relève d'une autre catégorie de collection.

Quand une expertise spécialisée est-elle requise ?

Il est souvent possible de nommer le groupe de matériaux probable à partir d'une photographie, mais un résultat certain est rare. Les surfaces noires absorbent les détails et le flash engendre un scintillets artificiel. Pour un objet de valeur supérieure, d'importance archéologique ou incertain, un examen microscopique et une identification instrumentale de la matière s'avèrent indiqués. La spectroscopie infrarouge et Raman, de même que d'autres méthodes de science des matériaux, permettent de dissocier le jais, les diverses matières hydrocarbonées, le verre et les plastiques. L'origine géographique, par exemple le rattachement à Whitby, constitue une question encore plus ardue qui ne saurait être déduite de la seule couleur ou du style de l'objet.

Achat conscient et entretien délicat

Au moment de l'achat, il est judicieux de s'enquérir si l'identification de la matière repose sur l'observation, sur une provenance documentée ou sur une expertise spécialisée. Il convient de demander des photographies nettes du revers, des arêtes, des perforations, des fermoirs et des détériorations. S'agissant d'une paire de boucles d'oreilles, il importe de vérifier si les inserts concordent véritablement en termes de dimensions, d'éclat, d'usure et de montage. La description doit faire état de toute réparation, intervention de collage, réenfilage ou remplacement.

Le jais est relativement tendre et vulnérable aux chocs. Il est recommandé de le conserver dans un écrin individuel et capitonné afin que les pierres plus dures et les arêtes métalliques ne l'égratignent pas. Il doit être protégé d'une forte chaleur, d'un rayonnement solaire direct et prolongé, de toute immersion et des produits nettoyants agressifs. D'une manière générale, un chiffon doux et sec demeure l'option la plus sûre ; en présence de saletés plus tenaces, il est possible d'employer un bâtonnet légèrement humide, sur une petite surface et en procédant à un séchage immédiat. En cas de collage ancien, de fil de soie, de cheveux tressés ou de monture métallique fragile, il est préférable de confier le nettoyage à un restaurateur ou à un joaillier expérimenté.

En fin de compte, la valeur du jais ne repose pas sur un unique test rapide. C'est l'association de la matière, de la forme, du travail artisanal, de l'état, du contexte historique et de la documentation qui confère sa portée à un bijou ancien. Aux yeux de l'observateur averti, la surface noire ne clôt pas l'histoire de l'objet, mais l'ouvre au contraire.